Théorie express
Brutalismes
Le degré moins un de l’écriture
Collectionner les coquilles
Seuls les ratés me plaisent (face B)
Au sujet d’index Palestine
Questions sans réponses un art guerrier
D’un brutalisme à un autre
Mouvement architectural sans doute le plus controversé du xxe siècle, le brutalisme convoque une grande diversité de réalités, d’intentions, d’images et d’affects souvent opposés, voire extrêmes, allant de l’exé- cration à l’adoration, ou de l’hostilité à la fascination. Sa prégnance sur l’expérience et la psyché contemporaines se ressent un peu partout, de manière plus ou moins consciente et forte, sans que l’on sache vrai- ment à quoi sont dus ces effets, ni même ce que le « brutalisme » désigne encore de nos jours, tant son empreinte culturelle est de- venue diffuse, bien au-delà de l’environne- ment bâti. Débattu dès son apparition au sein du discours architectural au début des années 1950, le terme est en effet marqué par une indétermination constitutive qui contribue à l’élargissement de toutes les projections, tant positives que négatives, qui l’entourent.
Regards croisés sur le brutalisme et l’architecture
Réjean Legault est historien de l’architecture et profes- seur à l’École de design de l’UQAM. Il a rédigé plusieurs articles sur le sujet et préparé une bibliographie scien- tifique annotée publiée par Oxford University Press (2023)1. Il soutient que le brutalisme est un concept instable, chargé de contradictions, qui exige une analyse nuancée. Christina Contandriopoulos est historienne de l’architecture et professeure au département d’histoire de l’art de l’UQAM. Elle s’intéresse aux écarts entre le dis- cours des spécialistes et les perceptions des usager·ères. Ses recherches se concentrent sur les bâtiments qui suscitent des polémiques. La conversation qui suit croise leurs perspectives sur les multiples sens et malentendus entourant le brutalisme architectural.
Tensions et contradictions du modernisme tardif
L’exposition Les gratte-ciels par la racine a été présen- tée au Musée d’art contemporain de Montréal (MAC), provi- soirement installé au premier étage du complexe Place Ville Marie (PVM) durant les vastes rénovations du bâtiment à la Place des Arts. Le déplacement du MAC dans cette icône ar- chitecturale a incité le commissaire François LeTourneux (en collaboration avec Raphaëlle Cormier et Geneviève Senécal) à réfléchir sur l’histoire et l’influence insidieuse du capita- lisme et du modernisme dits « tardifs », à Montréal et ailleurs dans le monde.
Perversions brutalistes
En naviguant sur Internet pour nourrir une réflexion sur les rap- ports entre brutalisme et sexualité, sujet central du roman Le brutaliste de Matthieu Garrigou-Lagrange, je tombe par hasard sur un blogue fétichiste intitulé Kink of the Week, tenu par une certaine Molly. En date du 1er décembre 2015, sous l’entrée « Brutalism/Concrete », on peut y lire :
Le mépris de soi est un formalisme
Treize ans après la publication du Winnipeg Brutalist Manifesto, les cinéastes Matthew Rankin et Ryan McKenna attendent toujours qu’un deuxième film se réclamant de leur programme « rigide et austère » voit le jour. En 1995, à Copenhague, les cinéastes Thomas Vinterberg et Lars von Trier signaient Dogme 95, un manifeste dont les « vœux de chasteté », au nombre de dix, appelaient à purifier le cinéma de ses scories manipulatrices par le biais de règles « éclai- rées » : tournage sur place, son synchrone, caméra à la main, film en couleurs, aucun traitement optique, aucune action superficielle, au- cun détournement temporel ou géographique, aucun film de genre, format 35 mm, réalisateur non crédité. Dans l’élan de celui-ci, trente- cinq films furent officiellement réalisés en l’espace de dix ans1 .