À New York, la gauche juive contre-attaque

#Match

par Fanny Taillandier

En français, on a pris l’habitude d’appeler improprement dièze le symbole précédant les hashtags, ces trend-topics qui alimentent le débat médiatique. Mais on a aussi importé du nouchi, l’argot d’Abidjan, le mot djèze, qui se prononce pareil et qui veut dire affaire. À mi-chemin entre le bruit du monde et les mots des gens, cette chronique trace sa route dans ce qui nous occupe.

Olivier Neveux

par Aïnhoa Jean-Calmettes

Sortir du XXe siècle

Pierric Bailly

par Salomé Kiner · visuels: Charles Thiefaine

Enfant, Pierric Bailly jouait aux Indiens dans les forêts de son Jura natal. Adulte, le romancier continue de puiser dans les réserves de cet eldorado intime pour bâtir une œuvre de sapins Douglas, de personnages grandeur nature et d’intrigues à fleur de peau. Rouges-Truites, son huitième roman, vient de paraître aux éditions P.O.L. Paloma Petzold a tout d’une affranchie de western, d’une héroïne harrisonnienne : l’écorce rugueuse de Calamity Jane, la sympathie des chevaux et la bravoure à l’épreuve. Mais lui manque l’horizon des grands espaces où l’on peut composer sa vie. Cette pérégrine vit recluse sous pseudonyme dans une chaumière en terre, à l’ombre d’un gros bloc de pierre. Jusqu’au jour où Delphine, un amour de jeunesse interrompu par un mystérieux coup de feu, débarque avec son frère Cédric. Sur les rives marécageuses du lac des Rouges-Truites, les retrouvailles l’obligent à déballer vingt-cinq années de clandestinité imposée par les drames de sa famille. Les derniers romans de Pierric Bailly ont en commun ces personnages faits prisonniers d’un destin qui leur résiste. Après l’enfant confisqué du Roman de Jim (2021) et la passion contrariée de La Foudre (2023) — le premier a été adapté au cinéma et récompensé par un César, le second est en cours d’adaptation par les frères Larrieu —, Rouges-Truites rapte l’idéal de liberté. Ou comment les actes des uns chamboulent la trajectoire des autres. Héritage, déterminisme, loyauté — à travers la marginalité subie de Paloma, l’auteur explore en creux ses propres legs, de ses origines ouvrières à la transformation littéraire de la figure du père absent.

À New York, la gauche juive contre-attaque

par Émilie Poivet · visuels: Furkan Temir

Après le 7-Octobre, la gauche juive antisioniste a subi toutes sortes d’humiliations et de mises à l’écart. À New York, plus grande ville juive du monde, celle-ci s’est réorganisée autour de nouvelles institutions : des lieux de culte autogérés, des bases arrière militantes, des revues populaires, du théâtre yiddish. Profondément impliquée dans la campagne victorieuse du maire Mamdani, cette jeunesse redécouvre des formes de judaïsme libérées du sionisme, à rebours de son éducation et au prix de conflits générationnels qui marqueront l’époque. Plongée dans un chaudron qui frémit.

Déjouer l’empire

par Aïnhoa Jean-Calmettes · visuels: Hamza Abouelouafaa

Liza Hammar

En France, les lois sur le hijab cantonnent les femmes qui le pratiquent à des postes subalternes sur le marché du travail. C’est tout un projet de société qui transparaît derrière ces politiques islamophobes. Dans un essai, la chercheuse Liza Hammar veut poser une perspective queer sur cette « obsession » : sa manière d’exister dans l’espace public n’a rien à voir avec les hommes, ni comme partenaires romantiques ni comme futurs maris. Pour elle, le hijab, c’est « Dieu et moi ».

Lanceur d’alerte

par Thomas Corlin · visuels: Matthieu Ossona de Mendez

En 2022, la France a voté une seconde loi sur les lanceurs d’alerte. Spoiler : ce texte ne protège toujours personne. Les organismes chargés de le faire appliquer sont aussi mal dotés qu’une MJC. Du public au privé, du politique au social, celles et ceux qui lancent l’alerte finissent généralement dans la détresse et sous Prozac. Mouvement a rencontré ces vaillants citoyens- justiciers et les juristes qui tentent de les accompagner. Radiographie d’un sujet politique en cours de constitution.

Alberto Cortés

par Thomas Corlin · visuels: Bernardita Morello · trad: Marion Cousin

La nouvelle pièce d’Alberto Cortés, qui tourne en France à l’automne, est une production en édition limitée à cinquante exemplaires. Tout à la fois « produit culturel » et ego-strip-tease, El corazón de Ester démembre et réagence les obsessions du performeur espagnol : Dieu, la mythologie queer, la poésie gothique, l’adoration des foules. Rencontre à Barcelone dans un gros festival, à mille lieues de son Andalousie natale.

Lize Spit, Louise Chennevière

par Marouane Bakhti, Adèle Beyrand · visuels: Edouard Jacquinet

Le domestique est le nouveau décor de la littérature contemporaine. Les drames sont familiaux, les enquêtes généalogiques, et chaque récit, un plaidoyer contre une violence larvée, indicible, qui serpente entre les générations. Si bien qu’il est difficile aujourd’hui de nier la réalité de l’inceste, du viol conjugal ou de la domination des parents sur les enfants. Si ce sont d’abord les mères qui ont pris la parole pour raconter la solitude, le corps qui n’est plus à soi et les pulsions infanticides, en cette rentrée littéraire, c’est aux filles de sortir du silence. Louise Chennevière publie Faire la peau pour dire adieu à cette socialite parisienne qui l’a élevée et utilisée. Un récit fiévreux qui fait écho à Autobiographie de mon corps de l’écrivaine flamande Lize Spit, traduit cette année. Elle y raconte une mère en fin de vie, peu aimante, passive et précaire, noyant sa mélancolie dans l’alcool. Depuis des réalités sociales très différentes, les deux textes dissèquent cette relation première. Peut-on s’émanciper de sa propre mère ? Dépasser la peur ancestrale qui tient une fille sous son emprise ? Que désirer après des décennies passées sous le joug d’un parent fusionnel ? Dans un même mouvement de retour sur soi, Louise Chennevière et Lize Spit font le récit d’un corps traversé par les épreuves, dont les organes dysfonctionnent et la peau s’enflamme, un corps revendiqué par la mère, dans une logique d’identification et de compétition volontiers délirante et incestuelle. De mère en fille, une tradition : la haine. « Je voulais la tuer, alors je me suis tuée », écrivait Sylvia Plath, au sujet de sa première tentative de suicide à 20 ans. Pour se sauver, Lize Spit et Louise Chennevière ont refusé l’héritage.

Emmanuel Marre

par Julien Bécourt · visuels: Samuel Kirszenbaum

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